Fashion

Les 6 questions habituelles de la mode écoresponsable

1/ Peut-on être responsable sans acheter auprès d’une marque responsable ?

La mode éthique ne se résume pas uniquement à l’achat de produits durables auprès de marques engagées dans la préservation de l’environnement et du social. Selon l’association Oxfam, elle englobe divers aspects tels que la conception (qualité, durabilité, réduction des déchets…), la production (respect des savoir-faire, bonnes conditions de travail, relations commerciales durables, fabrication locale…), ainsi que la consommation et l’utilisation (sensibilisation, entretien écologique, réparation, don…). Adopter une démarche de mode éthique implique donc de remettre en question l’ensemble de ses besoins vestimentaires, en optant par exemple pour une réduction de sa consommation ou en privilégiant l’entretien et la réparation de ses vêtements.

2/ La mode éthique est-elle plus chère ?

Les produits de fast fashion offrent des tarifs réduits aux consommateurs grâce à des pratiques telles que les rémunérations très basses des travailleurs du secteur, la production de masse, l’utilisation de matières de mauvaise qualité et des marges importantes. En revanche, un vêtement durable, fabriqué à partir de matériaux de qualité et avec une juste rémunération des travailleurs, sera plus cher à l’achat. Cependant, il durera plus longtemps, ce qui permettra à l’utilisateur de le porter sur une plus longue période.

Selon Thomas Ébélé, le « coût à l’usage » d’un tee-shirt de mode conventionnelle est 86% plus élevé que celui d’un tee-shirt de mode responsable, en prenant en compte le nombre d’utilisations. En optant pour des marques écoresponsables, les achats s’inscrivent dans un changement de pratiques vestimentaires. Bien que le prix initial des vêtements puisse être plus élevé, cela peut conduire à une réduction du budget total consacré à l’habillement, notamment en réduisant le nombre total de vêtements achetés.

3/ Acheter en seconde main est-il plus malin ?

En effet, l’achat de vêtements de seconde main peut réduire la consommation globale de vêtements et leurs impacts associés. Cependant, il peut également se produire un « effet rebond », où une baisse des prix ou la perception d’un achat vertueux entraîne une augmentation de la consommation. Ce phénomène semble se manifester avec la seconde main, comme l’a démontré une récente étude de l’ADEME, indiquant que les plateformes de revente de vêtements telles que Vinted favorisent la surconsommation.

Thomas Ébélé considère que la seconde main ne sera une solution réelle que lorsque nous cesserons de surproduire des vêtements en première main. Éloïse Moigno et lui soulignent également une « gentrification » du recours à la seconde main, où l’attrait croissant pour les vêtements d’occasion a entraîné une augmentation de leurs prix, pouvant préjudicier aux personnes pour qui la fripe est essentielle et accroître les inégalités.

4/ Un label est-il un gage de qualité ?

Effectivement, les labels certifiant des pratiques supposées durables se multiplient, mais ils ne possèdent pas tous la même valeur. L’ADEME souligne par exemple le label Better Cotton Initiative, qui, bien que facile à obtenir, ne garantit pas que le vêtement est en coton biologique. Pour se repérer de manière plus éclairée, l’Agence gouvernementale de la transition écologique mentionne plusieurs labels de qualité, comme Made by Green d’Oeko-Tex.

Pour faire un choix éclairé, il est préférable de prendre le temps d’analyser les labels, leurs critères et leur système d’attribution. Cela permet de s’assurer que les produits portant ces labels correspondent réellement à des pratiques durables et responsables.

5/ Comment trouver plus de marque éthique ?

Selon l’Institut français de la Mode et Première Vision, les produits de mode écoresponsables représentent un tiers du budget d’achat de vêtements des Français. Cependant, cette proportion limitée ne reflète pas nécessairement une offre restreinte. Thomas Ébélé et Éloïse Moigno contestent cette idée en expliquant que la mode conventionnelle est dominée par de grandes enseignes qui occupent les centres commerciaux et les artères commerçantes, tandis que la mode responsable est souvent représentée par des marques plus petites qui n’ont pas toujours les moyens financiers d’être présentes dans ces lieux.

Ce n’est pas que l’offre de mode écoresponsable n’existe pas, souligne Éloïse Moigno. C’est plutôt qu’elle demande un effort de recherche de la part des consommateurs. Thomas Ébélé affirme que chacun peut trouver une marque responsable adaptée à son style vestimentaire, mais cela nécessite un certain investissement personnel pour identifier et soutenir ces marques moins visibles dans le marché de la mode.

6/ Recycler est-il la meilleure solution ?

Le recyclage n’est pas forcément une option éthique pour tous les produits de mode. Une étude relayée par l’association Zero Waste France en 2021 a comparé les émissions de gaz à effet de serre tout au long du cycle de vie d’un jean selon cinq scénarios : utilisation puis destruction, utilisation prolongée, revente, recyclage et location. Les résultats indiquent que les scénarios d’utilisation prolongée et de réutilisation émettent le moins de gaz à effet de serre. En revanche, le scénario de recyclage conduit à des émissions relativement élevées.

De plus, la chercheuse Edith de Lamballerie a précisé dans le média The Conversation que la plupart des textiles recyclés sont combinés avec de la fibre vierge, ce qui nécessite l’utilisation de nouvelles ressources. Elle souligne que le recyclage n’est pas neutre et qu’il s’agit d’un processus technologique qui peut consommer des ressources, notamment énergétiques, et être polluant.

Ainsi, bien que le recyclage puisse être une solution pour certains produits, il ne garantit pas toujours une approche éthique et durable en matière de mode. D’autres approches telles que l’utilisation prolongée et la réutilisation sont souvent plus respectueuses de l’environnement et des ressources.

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